La tension politique ne retombe pas après la mort de Quentin, 23 ans, roué de coups le 12 février à Lyon en marge d’une conférence de l’eurodéputée Rima Hassan à Sciences Po Lyon. Alors que l’enquête se poursuit, le gouvernement pointe la possible implication de membres de la Jeune Garde, un mouvement antifasciste dissous. Des accusations qui visent indirectement La France insoumise (LFI), en raison de liens politiques passés entre certains responsables du mouvement et le parti.
Mardi matin, le coordinateur national de LFI, Manuel Bompard, a rejeté toute implication. Sur France Inter, il a affirmé que son parti n’avait « aucune responsabilité politique » dans « ce drame », dénonçant des « déclarations mensongères » et des accusations « abjectes ».
LFI conteste tout lien avec le lynchage
Depuis plusieurs jours, le gouvernement évoque un “lien très fort” entre LFI et la Jeune Garde. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a publiquement mis en cause cette proximité. La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a, elle, évoqué une possible “responsabilité morale”. Manuel Bompard balaie ces accusations. Il appelle à « la responsabilité » et affirme que pointer LFI du doigt a déjà eu des conséquences concrètes, évoquant des locaux du mouvement vandalisés dans plusieurs villes après la mort du jeune militant.
Interrogé sur les liens entre le parti et la Jeune Garde — notamment après que LFI a appelé le gouvernement à revenir sur la procédure de dissolution du mouvement — Manuel Bompard a distingué soutien politique et violences individuelles. « J’appuie les groupes qui font de l’autodéfense populaire, je condamne ceux qui frappent un homme à terre », a-t-il déclaré, ajoutant que si des membres du mouvement étaient impliqués, ils « doivent être punis ». La Jeune Garde a été fondée par Raphaël Arnault, aujourd’hui député LFI. Manuel Bompard assure que « ce n’est pas la doctrine de la Jeune Garde » d’encourager de telles violences.
Éric Coquerel dénonce une “récupération”
Sur RTL, le député Éric Coquerel a, lui aussi, rejeté toute implication. « Ni de près, ni de loin, nous n’avons à voir avec cette mort », a-t-il affirmé. Il a adressé ses « pensées » à la famille de la victime et condamné « toute violence politique ». Le président de la Commission des finances a qualifié les faits d’« acte criminel » et dénoncé « la rixe qui a opposé deux groupes ». Il insiste sur le fait que LFI condamne l’acharnement contre « un homme seul », qu’il considère contraire aux valeurs de son mouvement. Pour Éric Coquerel, les critiques relèvent d’une « récupération sordide » orchestrée par l’extrême droite et relayée par certains membres du gouvernement. Il accuse ces derniers de construire « un récit » politique autour du drame, au lieu de laisser l’enquête établir les responsabilités individuelles.
Quentin aurait été agressé alors qu’il assurait la sécurité de militantes du Collectif Némésis, organisation proche de l’extrême droite et se revendiquant féministe identitaire. Le climat était déjà tendu autour de la conférence de Rima Hassan, figure controversée de LFI sur les questions internationales. À ce stade, l’enquête doit déterminer précisément les circonstances du lynchage et identifier les auteurs des coups mortels. Si des membres d’un mouvement politique sont impliqués, la question des responsabilités individuelles sera tranchée par la justice. Mais sur le terrain politique, la bataille est déjà engagée. Entre accusations de complaisance, dénonciations de stigmatisation et appels à la responsabilité, la mort de Quentin s’impose désormais comme un nouveau point de fracture dans un climat déjà marqué par une forte polarisation idéologique.

