Abbas Araghchi, ministre des Affaires étrangères et principal négociateur iranien, accuse les États-Unis de déguiser une exigence de capitulation en offre de négociation.

Mardi, depuis le Bureau ovale, Trump a balayé les capacités militaires iraniennes : « Ils jouent au chat et à la souris, mais laissez-moi vous dire qu’ils veulent conclure un accord. Et qui ne le voudrait pas, quand votre armée a complètement disparu ? » Le président américain a qualifié les tirs iraniens de « lance-pois » et appelé Téhéran à « faire ce qui est intelligent ». Son secrétaire d’État Marco Rubio a enfoncé le clou : l’Iran doit « s’asseoir à la table des négociations et accepter les conditions ». 

Araghchi a riposté sur X en ciblant directement les contribuables américains : « Le Pentagone ment. Le pari de Netanyahou a coûté directement 100 milliards de dollars à l’Amérique jusqu’à présent, soit quatre fois le montant déclaré. Le coût mensuel pour chaque famille américaine s’élève à 500 dollars et augmente rapidement. » Une stratégie délibérée : retourner l’opinion publique américaine contre la guerre en la ramenant à son coût concret. Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a choisi un registre plus menaçant : « Nous savons parfaitement que la poursuite du statu quo est intolérable pour l’Amérique, alors que nous n’avons même pas encore commencé. » Il a promis que la « présence malveillante » des États-Unis dans la région « diminuera ».

Sur le terrain : une escalade que les mots ne contrôlent plus

L’écart entre la rhétorique et les faits est saisissant. Lundi, Trump lançait en fanfare le « Projet Liberté », une opération d’escorte de navires commerciaux à travers le détroit d’Ormuz. Mardi, il la suspendait, invoquant la nécessité de « parvenir à un accord ». Un revirement en 24 heures qui trahit les hésitations de Washington entre posture de force et ouverture diplomatique. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a tenté d’apaiser les choses en affirmant que la phase offensive – l’opération « Fureur épique » – était « finie » et que Washington se trouvait désormais en posture « défensive ». « Nous ne cherchons pas la bagarre. Mais on ne peut pas non plus permettre à l’Iran d’empêcher des pays innocents d’accéder à une voie navigable internationale », a-t-il déclaré.

Côté iranien, la réponse a été tout sauf défensive. Les Gardiens de la Révolution ont promis une « riposte ferme » à tout navire empruntant un trajet non autorisé, publié une nouvelle carte élargissant leur zone de contrôle et mis en place un mécanisme de transit supervisé par l’armée iranienne. En parallèle, l’armée américaine a confirmé avoir neutralisé six embarcations iraniennes et repoussé des attaques de missiles et de drones. Les Émirats arabes unis ont annoncé avoir activé leur défense aérienne pour le deuxième jour consécutif face à des tirs attribués à l’Iran – que le commandement iranien a « catégoriquement » démentis.

Pourquoi personne ne peut céder en premier

L’impasse est structurelle. Washington exige un renoncement au nucléaire avant toute concession. Téhéran exige d’abord le cessez-le-feu, puis la réouverture du détroit, puis – et seulement ensuite – des discussions sur le programme atomique. Un plan iranien en quatorze points a été transmis aux Américains, selon Le Soir. Trump l’a jugé « inacceptable ». La Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS) éclaire la dimension sous-jacente de ce blocage dans une analyse publiée ce mardi. Selon les chercheurs, la stratégie iranienne consiste à « imposer un coût aux États-Unis afin de les dissuader de prolonger leur engagement ». 

Téhéran mise sur le fait que « si les développements en cours devaient se transformer en une guerre d’attrition, la question du stock de munitions ne se poserait pas nécessairement que du côté iranien ». Autrement dit : l’Iran parie sur le temps, Washington parie sur l’asphyxie économique. Et chacun attend que l’autre craque en premier. Malgré l’impasse, les canaux ne sont pas totalement coupés. Le Pakistan maintient sa médiation. La Turquie, l’Égypte et le Qatar travaillent à organiser une rencontre directe. Araghchi s’est rendu à Saint-Pétersbourg la semaine dernière pour voir Poutine. Mais tant que la question du nucléaire reste un préalable pour l’un et un épilogue pour l’autre, la « reddition » que réclame Trump et la « capitulation » que dénonce Araghchi ne sont que deux mots pour désigner le même mur.

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