Trois morts, cinq cas confirmés, trois cas suspects, et près de 150 personnes confinées à bord d’un navire immobilisé en plein Atlantique.
Le foyer d’hantavirus déclaré sur le MV Hondius, un navire de croisière parti d’Argentine le 1er avril, réveille les souvenirs du Diamond Princess et des débuts du Covid-19. Pourtant, l’OMS est catégorique : « Il ne s’agit pas du début d’une pandémie. » Voici ce que l’on sait, ce qui inquiète, et ce qui distingue fondamentalement ce virus du SARS-CoV-2.
Ce qui s'est passé à bord
Le MV Hondius, navire d’expédition battant pavillon néerlandais opéré par la compagnie Oceanwide Expeditions, avait quitté Ushuaïa, en Terre de Feu argentine, le 1er avril pour une traversée de l’Atlantique via l’Antarctique, les Malouines et l’île de Sainte-Hélène, destination les îles Canaries. Les premiers symptômes sont apparus dès le 6 avril chez un passager néerlandais de 70 ans : fièvre, puis graves troubles respiratoires. Il est décédé peu après, sans que la cause soit immédiatement identifiée. Le tableau s’est ensuite alourdi par étapes.
Un deuxième passager néerlandais est mort, puis une passagère allemande, après avoir été transférée depuis l’île de Sainte-Hélène vers Johannesburg par avion — un vol qui a déclenché une opération de traçage de 82 passagers et 6 membres d’équipage par l’OMS. Au total, au 7 mai, cinq cas sont confirmés, trois sont suspects, et le navire est immobilisé depuis dimanche au large du Cap-Vert, après que plusieurs pays ont refusé son accostage. L’Espagne a finalement accepté de l’accueillir aux îles Canaries, où il est attendu ce samedi. Les 14 passagers espagnols seront transférés à Madrid et placés en quarantaine pouvant aller jusqu’à 45 jours dans l’unité d’isolement de haut niveau de l’hôpital Gómez Ulla — la même installation que celle utilisée lors de l’épidémie d’Ebola de 2014 et pour les évacuations de Wuhan en 2020.
La souche des Andes : la seule transmissible entre humains
Ce qui a transformé un incident sanitaire en alerte mondiale, c’est l’identification de la souche. Les analyses réalisées en Afrique du Sud et à l’hôpital universitaire de Genève ont confirmé qu’il s’agit de la souche dite « des Andes ». Or, cette variante est la seule parmi les hantavirus connue pour pouvoir se transmettre d’un être humain à un autre, là où les autres souches ne se contractent qu’au contact direct de rongeurs (inhalation de particules issues de leurs excréments, urine ou salive).
L’OMS suspecte d’ailleurs une « transmission interhumaine » à bord. « Compte tenu de la durée de la période d’incubation, nous supposons qu’ils ont été infectés en dehors du navire », a déclaré une responsable de l’organisation. « Nous pensons qu’il pourrait y avoir une transmission interhumaine parmi les personnes en contact très étroit. » Le couple néerlandais décédé avait voyagé plusieurs mois entre l’Argentine, le Chili et l’Uruguay avant d’embarquer, ce qui renforce l’hypothèse d’une contamination initiale sur le continent sud-américain. Aucun rat n’a par ailleurs été détecté à bord du navire.
Pourquoi l'OMS reste rassurante malgré tout
C’est la question que tout le monde se pose, et la réponse tient en trois caractéristiques qui distinguent fondamentalement l’hantavirus du Covid-19. Première différence : le mode de transmission. « Ce virus ne se propage pas comme la grippe ou le Covid-19 », a précisé Maria Van Kerkhove, épidémiologiste à l’OMS. La transmission interhumaine de la souche des Andes nécessite un « contact étroit et intime », et non un simple passage dans la même pièce ou le même wagon de métro. Le risque de propagation à grande échelle est donc structurellement limité.
Deuxième différence : l’absence de contagion avant les symptômes. « Il n’y a pas pour ce virus de preuves qu’on puisse transmettre la maladie à quelqu’un avant d’avoir des symptômes », a souligné Anaïs Legand, experte des fièvres hémorragiques virales à l’OMS. C’est une distinction cruciale avec le SARS-CoV-2, dont la transmission présymptomatique avait été le principal moteur de la pandémie. Autrement dit : un porteur d’hantavirus qui ne tousse pas, n’a pas de fièvre et se sent bien ne contamine personne. Troisième différence : la vitesse de propagation. « Si ce virus était aussi contagieux que la grippe ou le Covid, l’Argentine nous aurait déjà alertés », résume Vincent Ronin dans La Dépêche du Midi. Le premier cas remonte au 6 avril, soit un mois.
La fenêtre d’incubation, comprise entre une et six semaines mais « plutôt autour de deux-trois semaines » selon Anaïs Legand, est en train de se refermer pour la plupart des passagers. Au 7 mai, « plus personne » ne présentait de symptômes à bord, selon l’OMS. Le directeur général de l’organisation, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a été explicite : « C’est un incident que nous considérons comme sérieux, mais l’OMS considère que le risque pour la santé publique est bas. » Maria Van Kerkhove a enfoncé le clou : « Je tiens à être sans équivoque. Il ne s’agit pas du SARS-CoV-2. Ce n’est pas le début d’une pandémie de Covid. Il s’agit d’une épidémie sur un navire. »
Ce qui reste sous surveillance
Le scénario rassurant n’exclut pas des zones d’ombre que les autorités sanitaires surveillent de près. La passagère néerlandaise décédée à Johannesburg était montée « brièvement » à bord d’un avion KLM reliant Johannesburg à Amsterdam avant d’être débarquée. Une hôtesse de l’air de cette compagnie était en cours de dépistage ce jeudi après avoir présenté de légers symptômes, selon le ministère néerlandais de la Santé. Par ailleurs, une trentaine de passagers avaient déjà quitté le navire après le premier décès, avant que le foyer ne soit identifié, et sont rentrés dans leurs pays respectifs.
L’Argentine a annoncé l’envoi de 2 500 kits de dépistage vers cinq pays. Un cas lié au foyer a été confirmé en Suisse. La Commission européenne a estimé que « le risque pour le public en Europe est faible ». Tedros a prévenu que d’autres cas pourraient encore apparaître, le virus pouvant présenter une incubation allant jusqu’à six semaines.

