Ce dimanche 28 juin, un Pilatus PC-6 transportant des parachutistes s’est écrasé rue Salvador Allende à Tomblaine, dans la banlieue de Nancy. Parmi les victimes : cinq infirmiers libéraux de Meurthe-et-Moselle, venus pour un baptême de saut en tandem. Le Bureau d’enquêtes et d’analyses (BEA) confirme qu’il s’agit de l’accident le plus meurtrier de l’aviation civile en France, hors transport militaire et commercial. Ce lundi matin, trois pistes concentrent l’attention des enquêteurs : une possible surcharge de l’appareil, l’effet de la canicule sur les performances du moteur, et une défaillance technique.
Ce qui s'est passé dimanche
Le Pilatus PC-6/B2-H4 Turbo Porter, immatriculé D-FIPS (pavillon allemand), décolle de l’aérodrome de Nancy-Essey vers 11 heures avec onze personnes à bord : un pilote, cinq moniteurs et cinq élèves parachutistes. Moins de deux minutes plus tard, selon le site spécialisé AvionsLégendaires.net, l’appareil décroche soudainement en phase ascensionnelle et s’écrase à environ 250 mètres du bout de piste. Le préfet de Meurthe-et-Moselle, Yves Séguy, arrivé rapidement sur les lieux, a décrit la scène lors d’une conférence de presse à 13 h 35 : « C’est une avarie qui a provoqué le crash. L’appareil est tombé à la verticale, sans trajectoire liée à un atterrissage d’urgence », rapporte L’Essentiel de l’Éco. Le maire de Tomblaine, Hervé Féron, a confirmé que l’avion « est tombé à pic alors qu’il était en phase ascensionnelle », selon France 3. Par un miracle que le préfet a tenu à souligner, aucune victime n’a été dénombrée au sol. « À quelques mètres près, l’accident aurait pu faire des victimes collatérales », a-t-il déclaré, selon L’Essentiel de l’Éco. La rue Salvador Allende, où l’appareil s’est écrasé, longe un quartier résidentiel et un supermarché Auchan. Une panne d’électricité généralisée a touché le secteur après l’impact.
Les cinq élèves parachutistes étaient des infirmiers libéraux de Meurthe-et-Moselle, venus pour un baptême de saut en tandem organisé par l’école Tandemotion Parachutisme, basée à l’aérodrome de Nancy-Essey. Thierry Pechey, président du Conseil de l’ordre des infirmiers libéraux du département, s’est rendu sur les lieux dans les heures suivant le crash. Il a confié à France 3 : « On ne s’y attend pas, ça va très vite dans nos têtes, est-ce qu’il y a des gens qu’on connaît ? Il y a 990 infirmiers dans le département, mais on se rencontre souvent, on va à des réunions et des formations ensemble, c’est un petit monde. On a eu la confirmation pour un infirmier de Nancy, un jeune, on attend les autres. » Une cellule d’urgence médico-psychologique a été installée à l’espace Jean Jaurès de Tomblaine. Selon le maire, 40 personnes s’y sont rendues dimanche, dont 12 qui avaient assisté au décollage de l’appareil depuis les abords de l’aérodrome.
Les pistes privilégiées
Le Pilatus PC-6/B2-H4 est certifié pour transporter un maximum de dix personnes : un pilote et neuf parachutistes, selon L’Essentiel de l’Éco. Or, dimanche matin, l’appareil en transportait onze. Une personne de plus que la capacité homologuée. Cette surcharge, même modeste en apparence, modifie les paramètres de vol : masse totale au décollage, vitesse de montée, distance nécessaire pour prendre de l’altitude. Sur un monomoteur à turbopropulseur, chaque kilogramme compte, et un dépassement de la masse maximale réduit les marges de sécurité en cas d’incident. Les enquêteurs devront déterminer qui a autorisé ce vol avec onze personnes à bord. Le pilote étant décédé, c’est l’exploitant, Tandemotion Parachutisme, qui est désormais au centre de l’enquête.
Le contexte météorologique est un élément que les enquêteurs ne pourront pas ignorer. La veille du crash, samedi 27 juin, Nancy enregistrait 41 °C. La Lorraine était placée en vigilance orange canicule depuis plusieurs jours. Les 23 et 24 juin avaient été les journées les plus chaudes jamais enregistrées en France, selon L’Essentiel de l’Éco. Le lien entre chaleur extrême et performance aéronautique est documenté de longue date. Par forte chaleur, l’air se raréfie et devient moins dense. Un moteur à piston ou à turbine « respire » moins bien, produisant moins de puissance. Les ailes portent moins, car la portance est directement proportionnelle à la densité de l’air. Résultat : l’avion a besoin de plus de distance pour décoller et de plus de temps pour atteindre une altitude de sécurité. Si le moteur connaît une défaillance pendant cette phase critique, les marges de récupération sont quasi nulles.
C’est un facteur que le BEA devra quantifier avec précision : à quelle température exacte l’appareil a-t-il décollé dimanche matin ? La masse de l’air était-elle compatible avec un décollage sûr à pleine charge, voire en surcharge ?
Une défaillance technique ?
Le préfet Séguy a évoqué une « avarie » comme cause du crash. Mais quelle avarie ? Les boîtes noires n’avaient pas encore été récupérées dimanche soir, selon une source proche du dossier citée par Info.fr. Le BEA a dépêché une équipe d’enquêteurs sur site pour examiner l’épave et récupérer les enregistreurs de vol. Pierre-Yves Eugène, président du Syndicat national des parachutistes professionnels, a déclaré sur TF1 : « Cet appareil est difficile à piloter, il a des pièges. La justice doit faire son enquête, il faut éviter les supputations », rapporte L’Essentiel de l’Éco. Le Pilatus PC-6 est un monomoteur robuste, utilisé dans le monde entier pour le parachutisme et les missions en terrain difficile.
Mais sa fiabilité dépend de son entretien, et l’immatriculation allemande de l’appareil pose la question du partage des responsabilités de contrôle entre l’autorité aéronautique allemande (qui délivre le certificat de navigabilité) et la DGAC française (qui supervise l’exploitation sur le territoire national). Un détail historique glaçant : le 19 octobre 2013, à Gelbressée en Belgique, un Pilatus PC-6/B2-H4 affrété par un club de parachutisme s’est écrasé dans des circonstances similaires. Bilan identique : onze morts, un pilote, cinq moniteurs, cinq élèves.
L'enquête : deux autorités saisies
Deux procédures parallèles sont en cours. Le pôle accidents collectifs du parquet de Paris s’est saisi de l’enquête judiciaire, ouverte pour homicide involontaire, selon l’AFP citée par 24 Heures. Les investigations ont été confiées à la Gendarmerie des transports aériens (GTA). Le BEA a ouvert sa propre enquête technique, centrée sur les causes de l’accident. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez et le ministre des Transports Philippe Tabarot se sont rendus sur place dimanche après-midi. Une conférence de presse du préfet était prévue ce lundi matin pour faire un premier point sur l’avancement des investigations.
Les corps des onze victimes ont été transportés à l’Institut médico-légal de Nancy pour autopsie. L’identification formelle est en cours. Pour les familles, pour les 990 infirmiers libéraux de Meurthe-et-Moselle, et pour la communauté du parachutisme français, le deuil ne fait que commencer.

