Mais tous les modèles convergent : dès mardi 28 juillet, l’anticyclone des Açores regonfle, l’air chaud méditerranéen remonte, et la France s’enfonce dans sa quatrième vague de chaleur depuis fin mai. Le pic est attendu entre le 31 juillet et le 3 août. Les températures pourraient atteindre 40 à 42 °C dans le sud-ouest et la vallée du Rhône. Des modélisations américaines plus extrêmes évoquent même 44 à 47 °C en Aquitaine, un scénario que les prévisionnistes français jugent excessif mais qu’ils ne peuvent plus totalement exclure. « Les signaux pour la suite sont inquiétants », prévient le météorologue Yann Amice.

Ce que les modèles prévoient jour par jour

La mécanique est désormais bien rodée, et c’est précisément ce qui inquiète. Dimanche 26 et lundi 27, le pays respire : les maximales redescendent autour de 25 à 30 °C, un niveau qui passerait pour « normal » si l’été 2026 n’avait pas redéfini la notion de normalité. Mais dès mardi 28, l’anticyclone des Açores reprend sa position au-dessus de la France, repoussant l’air océanique et aspirant à sa place une masse d’air chaud en provenance du Maghreb et de la péninsule ibérique, rapporte Météo-Paris. La montée sera rapide. Mercredi 29, les 35 °C seront atteints ou dépassés dans le sud-ouest, la vallée du Rhône et le pourtour méditerranéen. Jeudi 30 et vendredi 31, la chaleur se généralise à l’ensemble du pays, avec des maximales de 36 à 39 °C sur une large bande allant de Bordeaux à Lyon en passant par Toulouse et Montpellier. Le nord ne sera pas épargné : Paris pourrait atteindre 35 à 37 °C.

Le pic se concentre autour du 1er août. C’est là que les modèles divergent, et que la prudence s’impose. Le modèle européen ECMWF, considéré comme le plus fiable, projette des pointes à 40-42 °C dans le sud-ouest et la vallée du Rhône, rapporte Selectra. Le modèle américain GFS va nettement plus loin : il modélise 44 à 47 °C en Aquitaine pour le 29 juillet, et des pointes à 45 °C jusqu’en Belgique, rapporte Météo-Paris. Mais Météo-Paris met immédiatement en garde : le modèle GFS « est bien connu pour produire des températures exagérées lorsqu’il anticipe un épisode de chaleur » et ses projections à sept jours sont « nettement moins fiables que celles du modèle européen ». En clair : les 40-42 °C sont quasi certains dans le sud. Les 44-47 °C restent un scénario extrême et minoritaire. Mais le fait même qu’il soit modélisé dit quelque chose de l’été que nous traversons.

Pourquoi cette quatrième vague sera probablement la pire ?

Quatre canicules en deux mois. Fin mai (record national du 26 mai, 24,9 °C de moyenne). Fin juin (54 départements en rouge le 23 juin, records nocturnes « tous mois confondus »). Mi-juillet (troisième vague, incendies en Gironde, à Fontainebleau, entre Aude et Hérault). Et maintenant, fin juillet. La fréquence est inédite. Mais c’est l’accumulation qui rend cette quatrième vague potentiellement plus dangereuse que les trois précédentes. Deux facteurs aggravent la situation par rapport aux épisodes antérieurs. Le premier est l’état des sols. Après deux mois de chaleur quasi continue et un déficit pluviométrique record, les sols français sont au plus sec jamais mesurés à cette date, selon les signaux relevés par Selectra citant les données de Météo-France. Des sols secs ne refroidissent pas l’air par évaporation, ils le réchauffent. C’est un cercle vicieux : plus les sols sont secs, plus la chaleur s’amplifie, et plus les sols se dessèchent.

Le second est la température de la Méditerranée. Elle atteint 29 °C par endroits, un record pour la saison, rapporte Selectra. Une mer aussi chaude alimente l’atmosphère en énergie et en humidité, ce qui amplifie à la fois la chaleur (par advection d’air chaud) et le risque d’orages violents en fin d’épisode. C’est ce qui rend le sud-est particulièrement vulnérable : la chaleur vient du ciel et de la mer en même temps. Pour les organismes, l’absence de récupération entre les vagues est le danger principal. Les médecins alertent depuis fin juin sur la fatigue thermique cumulée, en particulier chez les personnes âgées. Chaque nouvelle canicule frappe des corps un peu plus épuisés que la précédente. Et les 48 heures de répit de ce week-end ne suffisent pas à inverser des semaines d’exposition continue.

Ce que cet été dit du climat qui vient

L’été 2026 n’est plus un épisode. C’est un basculement. Le 24 juin, la France a connu la journée la plus chaude jamais mesurée depuis le début des relevés en 1947, devant 2019 et 2003. Quatre vagues de chaleur en deux mois, c’est du jamais-vu dans les annales. Et la première quinzaine d’août, selon les tendances à long terme de Météo-France, ne montre « aucun signal de retour à des températures normales », rapporte Selectra. En arrière-plan, El Niño continue de se mettre en place dans le Pacifique, renforçant les anomalies thermiques mondiales. 

La trajectoire de réchauffement de référence (TRACC), publiée par Météo-France, prévoit que le nombre de jours en condition de vague de chaleur sera multiplié par trois à l’horizon 2050 par rapport à la moyenne 1991-2020. L’été 2026, avec ses quatre canicules, ses incendies en série et ses records pulvérisés, ressemble de plus en plus à ce que cette trajectoire annonçait pour dans vingt-cinq ans. Il est arrivé avec un quart de siècle d’avance. Ce dimanche, la France profite de ses dernières heures de répit. Mardi, le thermomètre repart. Et la seule question que personne n’ose plus poser, c’est : y aura-t-il une cinquième ?

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner
Exit mobile version