Benjamin Netanyahu a annoncé lors d’une réunion de son cabinet qu’Israël « rejette le document en 15 points » présenté fin juillet par le Conseil de la paix américain pour lancer la deuxième phase du processus à Gaza. Ce même document que le Hamas avait accepté. Le Premier ministre israélien conditionne tout retrait de l’armée à un « véritable désarmement » du mouvement islamiste. « Quand je parle du désarmement du Hamas, cela signifie les armes lourdes, les armes moins lourdes, toutes les armes », a-t-il précisé, selon Haaretz cité par Franceinfo. En réponse, le Hamas a appelé Washington à « faire pression sur Netanyahu pour qu’il n’entrave pas le processus pour des raisons de politique intérieure ou électorale ». Vingt-deux mois de guerre à Gaza. Plus de 66 000 morts palestiniens. Et un accord de paix que l’un accepte et l’autre rejette.
Ce que contenait le plan rejeté
Le document en 15 points, élaboré par le Conseil de la paix créé par Trump et présenté après la visite de Netanyahu à la Maison-Blanche fin juillet, constituait la feuille de route pour la deuxième phase du processus de paix à Gaza, rapporte Euronews. La première phase, cessez-le-feu, libération des otages contre des prisonniers palestiniens, avait été esquissée dans un plan en 20 points accepté par Netanyahu en septembre 2025 sous la pression de Trump. La deuxième phase prévoyait un mécanisme simultané : le Hamas entame son désarmement, et parallèlement l’armée israélienne se retire progressivement du territoire, rapporte Franceinfo.
Le plan envisageait aussi la mise en place d’un gouvernement de transition sous supervision internationale, l’amnistie pour les membres du Hamas acceptant la coexistence pacifique, et un passage sécurisé vers des pays d’accueil pour ceux qui refuseraient. Le Hamas avait accepté cette feuille de route. Samedi 8 août, il avait réaffirmé être « prêt à la mettre en œuvre », rapporte Euronews. Le problème n’est pas le texte. Le problème est que Netanyahu ne veut pas du mécanisme central : le retrait progressif en échange du désarmement progressif. Il veut le désarmement d’abord. Intégral. Et le retrait ensuite. Peut-être.
Netanyahu veut « toutes les armes » : le Hamas dit que c'est un prétexte
La position de Netanyahu est limpide : aucun soldat israélien ne quittera Gaza tant que le Hamas n’aura pas rendu « toutes les armes », des roquettes aux armes légères. « L’armée israélienne n’effectuera aucun retrait tant que le Hamas ne sera pas véritablement désarmé », a-t-il déclaré, rapporte Euronews. Le Hamas y voit un piège délibéré. Un responsable du mouvement, s’exprimant sous couvert d’anonymat auprès de l’AFP, a été explicite : « Nous attendons des médiateurs et du garant américain qu’ils fassent pression sur Netanyahu et son gouvernement afin qu’ils respectent la feuille de route et n’entravent pas le processus pour des raisons de politique intérieure ou électorale », rapporte Franceinfo.
La mention des « raisons électorales » vise juste. Des élections législatives sont prévues en Israël en octobre 2026. Netanyahu, dont la coalition d’extrême droite est fragilisée, a besoin du soutien des ministres ultranationalistes Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir, farouchement opposés à tout retrait de Gaza. Accepter un désarmement progressif contre un retrait progressif, c’est perdre sa coalition. Le rejeter, c’est torpiller la paix mais sauver son gouvernement. Netanyahu a choisi.
Un schéma qui se répète depuis vingt-deux mois
Ce rejet s’inscrit dans une séquence devenue prévisible. Chaque proposition de paix depuis octobre 2023 a suivi le même cycle : négociation, annonce optimiste, acceptation d’un camp, rejet de l’autre puis retour à la case départ. Le plan Biden de mai 2024, rejeté par les deux parties. Le plan Trump de septembre 2025, accepté par Netanyahu sous pression puis vidé de sa substance. Et maintenant le document en 15 points de juillet 2026 : accepté par le Hamas, rejeté par Israël. La symétrie du blocage est totale. Le Hamas exige un retrait israélien comme préalable à tout désarmement.
Israël exige le désarmement comme préalable à tout retrait. Le plan américain proposait de faire les deux en même temps. C’était précisément ce qui le rendait acceptable pour le Hamas et inacceptable pour Netanyahu, parce que la simultanéité suppose la confiance, et que la confiance est la première victime de vingt-deux mois de guerre. Pendant que les diplomates négocient, les Gazaouis meurent. Plus de 66 000 Palestiniens ont été tués depuis le 7 octobre 2023, selon les autorités sanitaires de Gaza. Le territoire est en grande partie détruit. Et l’« accord historique » que Trump brandissait il y a dix jours depuis la Maison-Blanche vient de rejoindre la longue liste des plans de paix que le Moyen-Orient produit plus vite qu’il ne les applique.

