L’OMS maintient l’urgence internationale et redoute une propagation hors des frontières.
Le 28 mai, quand le directeur de l’OMS disait que « l’épidémie nous dépasse », la RDC comptait environ 1 000 cas. Ce mardi 18 août, elle en compte 5 021 et 2 378 morts, dans six provinces et 55 zones sanitaires. En trois mois, cette épidémie de virus Bundibugyo a tué plus de personnes que les deux années de la précédente (2018-2020, 2 299 morts). Elle progresse sept fois plus vite et a fait cinq fois plus de morts que les trois premiers mois de l’épidémie de 2014 en Afrique de l’Ouest, qui avait fini par tuer 11 300 personnes. L’OMS maintient l’urgence de santé publique de portée internationale. Et elle ne cache plus que le risque de propagation au-delà des frontières congolaises est « élevé ».
Une épidémie qui échappe à la surveillance
Ce qui alarme le plus l’OMS, ce ne sont pas les chiffres en eux-mêmes. C’est ce qu’ils ne disent pas. Tedros a pointé mardi le fait que des malades meurent « en dehors des centres de traitement et hors des listes connues de contacts », rapporte RFI citant l’OMS. Traduction : il existe des chaînes de transmission que les équipes de riposte n’ont pas identifiées. Des gens tombent malades, contaminent leurs proches et meurent chez eux sans que le système de surveillance le sache. Le virus court plus vite que ceux qui le traquent. La géographie joue contre la riposte. L’épidémie sévit dans des provinces du nord et de l’est de la RDC où la présence de l’État est fantomatique, les routes impraticables et les centres de santé sous-équipés. « La transmission est alimentée par l’insécurité, les déplacements de populations et d’intenses mouvements de personnes le long des routes, des cours d’eau et des voies d’accès aux sites miniers », a expliqué Tedros.
L’Ituri, épicentre du foyer, est en proie à des conflits armés entre milices depuis des années. Lundi, une équipe sanitaire a été attaquée dans le territoire d’Aru après avoir signalé un cas suspect, rapporte Radio Okapi. Des motards vandalisant des véhicules de la riposte ont été signalés dans la même zone. L’OMS a identifié un vecteur de propagation inattendu : les conducteurs de moto-taxis, omniprésents dans l’est de la RDC. Ils transportent des patients vers les centres de santé, mais aussi des corps vers les lieux de sépulture, sans protection, au contact direct de fluides corporels hautement contagieux. Le Dr Thierno Balde, de l’OMS, a annoncé que des stations de lavage des mains et du désinfectant étaient mis à disposition des motards, mais que « le nouvel objectif est de les recruter comme agents de surveillance et de riposte », rapporte Al Jazeera.
Ni vaccin ni traitement, mais des essais en cours
La souche Bundibugyo reste le cauchemar des épidémiologistes. Aucun vaccin homologué n’existe contre elle. Aucun traitement spécifique non plus. Mais trois mois après le début de la crise, les choses bougent, lentement Deux candidats vaccins spécifiquement conçus contre la souche Bundibugyo sont entrés en phase d’essais chez l’humain, a indiqué Tedros mardi, selon l’agence de presse Xinhua. En parallèle, les CDC Afrique ont soutenu lundi la demande de la RDC visant à autoriser, dans un cadre strictement encadré, l’utilisation élargie du vaccin ERVEBO, conçu pour la souche Zaïre, pas pour Bundibugyo, chez les travailleurs de première ligne, rapporte Xinhua. C’est un pari : l’efficacité croisée d’ERVEBO contre Bundibugyo n’est pas démontrée, mais face à une épidémie hors de contrôle, les autorités sanitaires jugent que le risque de ne rien faire est supérieur au risque d’essayer.
Côté traitement, l’essai clinique PARTNERS, soutenu par l’OMS, évalue deux options : le remdesivir (un antiviral) et le MBP134 (un anticorps monoclonal expérimental), seuls ou en combinaison. Environ 100 patients ont déjà été recrutés. Le ministre congolais de la Santé, Roger Kamba, a affirmé mardi que les premiers résultats pourraient être disponibles « dans trois à quatre semaines », rapporte Xinhua. Si l’un de ces traitements s’avère efficace, il pourrait changer la trajectoire de l’épidémie. Si aucun ne fonctionne, il faudra contenir le virus à mains nues, comme en 2014.
Le spectre de l'Afrique de l'Ouest
La comparaison avec 2014 est dans toutes les têtes, et les chiffres la justifient. En trois mois, l’épidémie de RDC a produit sept fois plus de cas et cinq fois plus de morts que les trois premiers mois de l’épidémie d’Afrique de l’Ouest, selon Africa CDC rapporté par France 24. La grande différence : en 2014, l’épidémie avait fini par traverser les frontières et frapper la Guinée, le Sierra Leone et le Libéria avant que la communauté internationale ne réagisse. L’OMS ne veut pas revivre ce scénario. L’Ouganda, le Soudan du Sud et la République centrafricaine sont considérés comme les pays les plus exposés à un risque d’importation de cas, en raison de leur proximité et de l’intensité des mouvements transfrontaliers, rapporte Blick citant l’OMS. Un cas confirmé lié à ce foyer avait déjà été détecté à Kampala en mai. Depuis, la surveillance aux frontières a été renforcée, mais les flux de populations déplacées par les conflits rendent tout contrôle illusoire sur des centaines de kilomètres de frontières poreuses.
Tedros a conclu la réunion du comité d’urgence par un appel à la mobilisation internationale : « Nous appelons tous les gouvernements et tous les partenaires à coopérer et à agir de concert pour intensifier les efforts et mobiliser les ressources nécessaires. » Des recommandations à l’intention de la RDC et des pays à risque seront publiées « dans les prochains jours ». L’OMS estime « possible d’inverser la progression dans les trois prochains mois, à condition que les ressources requises puissent être utilisées », rapporte Blick. Trois mois. Le même délai qu’en mai, quand Tedros disait la même chose avec 4 000 cas en moins. La fenêtre se referme.

