Raphaël Glucksmann a largement remporté, dimanche 11 octobre, la primaire organisée par la gauche sociale-démocrate pour désigner son candidat à l’élection présidentielle de 2027.
Avec plus de 66 % des suffrages, l’eurodéputé et coprésident de Place publique devance très largement le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure, crédité d’environ 14 % des voix, ainsi que Ségolène Royal, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel. Une victoire suffisamment nette pour installer Raphaël Glucksmann comme le candidat de cet espace politique à moins de sept mois du premier tour de la présidentielle. Mais derrière la démonstration de force, un problème reste entier : celui d’une gauche toujours divisée, avec notamment Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise en dehors du processus.
Une victoire beaucoup plus large que prévu
L’ampleur du résultat constitue la première surprise de la soirée. Raphaël Glucksmann n’a pas seulement remporté la primaire : il l’a emporté dès le premier tour, réunissant près des deux tiers des suffrages. Le Monde évoque environ 79 000 voix en sa faveur et souligne que même ses soutiens n’anticipaient pas un tel écart avec ses concurrents. Olivier Faure termine très loin derrière. Le premier secrétaire du Parti socialiste, qui espérait notamment défendre une ligne permettant davantage de rapprochements avec les autres composantes de la gauche, recueille autour de 14 % des voix.
Le résultat constitue un revers majeur pour le dirigeant socialiste, mais aussi un basculement dans les rapports de force entre Place publique et le PS. Jusqu’ici partenaire du Parti socialiste lors des élections européennes, Raphaël Glucksmann se retrouve désormais en position de conduire la campagne présidentielle de cette famille politique. Olivier Faure a reconnu la victoire de son concurrent dimanche soir et assuré qu’il respecterait le résultat de la primaire. Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel ont également apporté leur soutien au vainqueur conformément aux engagements pris par les candidats avant le scrutin.
Raphaël Glucksmann veut incarner une troisième voie à gauche
Dans son discours de victoire, le député européen a immédiatement cherché à préciser la ligne qu’il entend défendre. Il s’est présenté à la fois comme un candidat de « rupture avec le macronisme » et de rupture avec « l’hégémonie de Jean-Luc Mélenchon sur la gauche française ». Il a également placé la lutte contre l’extrême droite au centre de sa campagne, assurant vouloir défendre une gauche de la justice sociale, de l’écologie et de la démocratie. Cette double prise de distance est essentielle pour comprendre sa stratégie.
Depuis plusieurs années, Raphaël Glucksmann cherche à construire un espace politique distinct à la fois du camp présidentiel et de La France insoumise. Européen convaincu, favorable au soutien militaire à l’Ukraine et critique de certaines positions internationales de LFI, il défend une gauche sociale-démocrate assumant une ligne fortement pro-européenne. Sa victoire lui offre désormais les moyens politiques et militants de tenter de transformer cet espace en candidature présidentielle crédible.
Une gifle pour le Parti socialiste ?
Le résultat pose néanmoins une question délicate pour le PS. Pour la première fois dans cette configuration, le principal parti historique de la gauche française se retrouve derrière un candidat qui n’est pas issu de ses rangs. La défaite d’Olivier Faure est d’autant plus sévère que le premier secrétaire espérait réaliser un score suffisamment important pour peser sur la ligne politique de la future campagne. Avec environ 14 % des voix, il ne parvient pas à mobiliser au-delà d’une partie de l’électorat socialiste. Ségolène Royal, arrivée derrière lui avec environ 7 % des suffrages, a d’ailleurs regretté publiquement que le PS ne présente pas son propre candidat à la présidentielle. Mais Raphaël Glucksmann aura besoin du parti qu’il vient de battre. Le PS dispose d’élus locaux, de parlementaires, d’une implantation territoriale et d’une organisation militante que Place publique ne possède pas à la même échelle. Sa campagne dépendra donc en partie de sa capacité à transformer sa victoire sur les socialistes en alliance durable avec eux plutôt qu’en guerre de succession.
Surtout, remporter cette primaire ne signifie pas être devenu le candidat unique de la gauche. La France insoumise n’a pas participé au processus et Jean-Luc Mélenchon poursuit sa propre stratégie pour l’élection présidentielle. Les écologistes doivent eux aussi déterminer leur positionnement définitif. La victoire de Raphaël Glucksmann organise donc une partie de la gauche mais elle ne met pas fin à sa fragmentation. Les premières réactions de LFI montrent même que la confrontation entre les deux lignes devrait structurer les prochains mois. Plusieurs responsables insoumis ont immédiatement contesté la capacité de Raphaël Glucksmann à représenter l’ensemble de la gauche. Deux projets politiques vont ainsi tenter de s’imposer auprès d’un électorat en partie commun : celui de Jean-Luc Mélenchon et celui de Raphaël Glucksmann.
Le véritable défi commence maintenant
L’autre limite de la victoire de dimanche tient à la différence entre une primaire et une présidentielle. Les électeurs ayant participé au scrutin appartiennent à un espace politique beaucoup plus restreint que l’électorat français. Le résultat lui donne une légitimité incontestable parmi les participants à la primaire, mais ne permet pas à lui seul de mesurer son rapport de force au niveau national. Les enquêtes d’opinion publiées avant sa désignation le plaçaient encore dans une situation nettement moins confortable pour le premier tour de la présidentielle, derrière plusieurs autres candidats ou prétendants. Reuters souligne ainsi que la victoire à la primaire ne résout pas le défi principal du candidat : élargir considérablement son électorat au-delà du bloc social-démocrate. Il devra également conserver l’équilibre politique sur lequel il construit sa candidature : convaincre des électeurs déçus du macronisme sans apparaître comme son prolongement, récupérer une partie de l’électorat de gauche sans se rapprocher de Jean-Luc Mélenchon et défendre une ligne pro-européenne dans une campagne où les questions internationales devraient occuper une place importante.
La victoire de Raphaël Glucksmann règle donc une question : la gauche sociale-démocrate possède désormais son candidat pour 2027. Elle ne règle pas les autres. Elle ne rassemble pas l’ensemble de la gauche, ne tranche pas la compétition avec Jean-Luc Mélenchon et ne garantit évidemment pas à son vainqueur une qualification pour le second tour. Mais avec plus de 66 % des suffrages dès le premier tour, Raphaël Glucksmann obtient ce dont il avait besoin pour lancer véritablement sa campagne : une victoire suffisamment nette pour qu’aucun concurrent de son propre camp ne puisse raisonnablement contester sa désignation. La primaire a clarifié le paysage. Elle a désormais aussi ouvert une autre bataille : celle du leadership de la gauche française à l’approche de 2027.

