Il y a des matchs qu’on aborde le sourire aux lèvres, et d’autres qu’on regarde avec un œil méfiant malgré l’écart affiché sur le papier. France-Paraguay, ce samedi 4 juillet au Lincoln Financial Field de Philadelphie, appartient à cette seconde catégorie. Car si les Bleus se présentent en ultra-favoris — 3e au classement FIFA, invaincus, meilleure attaque du tournoi avec treize buts en quatre rencontres — le Paraguay n’est pas venu jusqu’en 8e de finale par hasard. Les hommes de Gustavo Alfaro viennent d’éliminer l’Allemagne, quadruple championne du monde, aux tirs au but. De quoi rappeler qu’à ce stade, aucune affiche n’est jamais gagnée d’avance.
Pour l’équipe de France, l’enjeu dépasse largement le simple cadre d’un huitième de finale. Didier Deschamps l’a annoncé : ce Mondial 2026 est le dernier de sa carrière sur le banc tricolore. Après quatorze années à la tête des Bleus, deux finales de Coupe du Monde et une étoile décrochée en 2018, le sélectionneur veut boucler la boucle en beauté. Et pour cela, il faudra d’abord passer l’obstacle paraguayen — sous une chaleur écrasante qui pourrait bien devenir le troisième acteur de cette soirée.
Une France flamboyante qui n'a pas tremblé
Difficile de trouver meilleur bilan que celui des Bleus depuis le début de cette Coupe du Monde. Quatre matchs, quatre victoires, treize buts inscrits, et une impression générale de maîtrise qui a fait taire les quelques sceptiques du début de tournoi. Après un 3-1 contre le Sénégal en ouverture, la France a enchaîné avec un 3-0 face à l’Irak, puis un 4-1 spectaculaire contre la Norvège — avec un triplé d’Ousmane Dembélé — avant d’écarter la Suède 3-0 en seizièmes de finale, portée par un doublé de Kylian Mbappé.
Le capitaine tricolore est l’un des grands hommes de ce Mondial. Avec six réalisations, Mbappé est co-meilleur buteur du tournoi, et son association avec un Dembélé retrouvé fait des ravages : le duo est devenu la paire la plus prolifique de l’histoire sur une seule édition de Coupe du Monde. Ajoutez à cela un Michael Olise étincelant — meilleur passeur de l’édition avec cinq offrandes — et vous obtenez un secteur offensif qui a généré, contre la seule Suède, plus de trois buts attendus (xG). La profondeur de banc française fait le reste : Mbappé, Dembélé, Barcola et Doué ont tous trouvé le chemin des filets.
J’ai perdu des ballons bêtes, mais j’ai su réagir. Barcola, malgré un début compliqué face à la Suède, a inscrit son deuxième but du tournoi — et convaincu Deschamps de le reconduire. — BRADLEY BARCOLA, AILIER DE L’ÉQUIPE DE FRANCE |
Côté composition, Didier Deschamps devrait miser sur la continuité. Selon la presse française, le sélectionneur reconduirait le même onze que celui qui s’est imposé 3-0 face à la Suède, avec Bradley Barcola et Lucas Digne préférés à Désiré Doué et Théo Hernandez. Aucun pépin physique n’est à signaler parmi les titulaires potentiels, même si Marcus Thuram reste sous surveillance pour un souci physique.
LES COMPOSITIONS PROBABLES
🇫🇷 France · 4-2-3-1 Probable Maignan — Koundé, Upamecano, Saliba, Digne — Tchouaméni, Rabiot — Dembélé, Olise, Barcola — Mbappé (cap.) Sélectionneur : Didier Deschamps | 🇵🇾 Paraguay · 4-4-2 Probable Gill — Cáceres, G. Gómez (cap.), Canale, J. Alonso — Almirón, D. Gómez, Cubas, Galarza — Enciso, Sanabria Sélectionneur : Gustavo Alfaro |
Le Paraguay, bourreau de l'Allemagne et piège classique
On aurait tort de sourire en voyant le Paraguay sur la feuille de match. Certes, l’Albirroja n’est que 34e au classement FIFA, certes elle a été battue d’entrée par les États-Unis (4-1). Mais depuis ce faux départ, l’équipe de Gustavo Alfaro s’est métamorphosée. Le technicien argentin a resserré son bloc défensif, et la suite a été radicalement différente : une qualification décrochée comme 3e du groupe D, puis surtout l’exploit du tournoi en seizièmes de finale.
Face à l’Allemagne, quadruple championne du monde, le Paraguay a livré une prestation héroïque. Accrochés 1-1 au terme du temps réglementaire et des prolongations, les Paraguayens ont éliminé la Mannschaft aux tirs au but (4-3), provoquant une onde de choc dans tout le tournoi. Ce jour-là, l’Albirroja a montré sa vraie nature : un bloc bas, une discipline de fer, une combativité sans faille. On se souvient aussi de son match face à la Turquie, gagné 1-0 avec le but le plus rapide du tournoi signé Matías Galarza (64 secondes) — un match où l’adversaire a frappé 32 fois sans jamais trouver la faille.
Pour le Paraguay, ce huitième de finale contre la France a une saveur particulière. L’Albirroja retrouve ce stade de la compétition pour la première fois depuis 1998 — l’année du fameux but en or de Laurent Blanc qui avait brisé les rêves paraguayens en huitièmes du Mondial français. Vingt-huit ans plus tard, l’occasion est belle de réécrire l’histoire et de prendre une forme de revanche.
LES PARCOURS CROISÉS
FR · Groupe | France 3-1 Sénégal | V |
FR · Groupe | France 3-0 Irak | V |
FR · Groupe | France 4-1 Norvège (triplé Dembélé) | V |
FR · 16e | France 3-0 Suède (doublé Mbappé) | V |
PY · Groupe | Paraguay 1-4 États-Unis | D |
PY · Groupe | Paraguay 1-0 Turquie (but 64e sec.) | V |
PY · 16e | Paraguay 1-1 Allemagne (4-3 t.a.b.) | TAB |
Un historique favorable, une canicule menaçante
L’histoire plaide clairement en faveur des Bleus. Les deux sélections se sont affrontées cinq fois, et la France n’a jamais perdu : trois victoires et deux nuls. La dernière confrontation remonte à un amical de juin 2017, largement remporté par les Bleus (5-0). Les cotes des bookmakers reflètent cette hiérarchie : la victoire française est donnée autour de 1,18, contre 16 pour un succès paraguayen — soit environ 95 % de probabilité pour les Bleus.
Mais il est un adversaire que ni la France ni le Paraguay ne pourront totalement maîtriser : la chaleur. La côte Est des États-Unis subit en ce début juillet une vague de chaleur extrême, avec des températures qui frôlent ou dépassent les 38°C. L’Organisation mondiale de la santé s’est même associée à la FIFA pour aider à protéger joueurs, encadrement et supporters face à ces conditions caniculaires. Pour l’heure, la FIFA n’a annoncé aucune modification de son calendrier, mais la question du rythme et de la gestion physique sera cruciale.
🌡️ LE FACTEUR CANICULE | |
Températures attendues | jusqu’à 38°C (côte Est) |
Mesures FIFA / OMS | alertes, eau, pauses fraîcheur |
Impact possible | faux rythme, rotations |
C’est peut-être là que réside le principal espoir paraguayen. Un match haché par la chaleur, ralenti par les pauses fraîcheur, joué sur un faux rythme, est le type de scénario qui peut permettre à un bloc bas discipliné de tenir le choc et d’emmener le favori vers la prolongation, voire les tirs au but — un domaine où le Paraguay vient précisément de briller face à l’Allemagne. Les Bleus, eux, auront à cœur de tuer le match rapidement pour éviter tout suspense inutile dans la fournaise de Philadelphie.
Deschamps, la troisième étoile et un tableau dégagé
Au-delà du match lui-même, ce huitième de finale s’inscrit dans une quête plus large. Pour Didier Deschamps, qui quittera son poste à l’issue de la compétition, l’objectif est limpide : offrir à la France une troisième étoile avant de tirer sa révérence. Une victoire ce soir enverrait les Bleus en quarts de finale, où les attendrait le vainqueur de Canada-Maroc, disputé plus tôt dans la journée. Un tableau qui, sur le papier, semble dégagé pour une équipe de ce calibre.
Reste que les Bleus connaissent mieux que personne les pièges des huitièmes. En 1998 déjà, ce même Paraguay leur avait tenu tête jusqu’au but en or de Laurent Blanc. L’expérience de Deschamps, la puissance offensive de Mbappé et Dembélé, la sérénité de Maignan dans les buts : tous les ingrédients d’une qualification sont réunis. Mais comme le résume la formule consacrée du football, « c’est un piège classique de huitième de finale » — et les Bleus le savent parfaitement.
Rendez-vous ce samedi à 23h, heure française, pour un match diffusé en clair sur M6 et sur beIN Sports 1. La France part largement favorite. Mais le Paraguay, lui, n’a plus rien à perdre — et c’est précisément ce qui le rend dangereux. Sous le soleil de plomb de Philadelphie, les Bleus devront prouver qu’ils sont bien les prétendants au titre que tout le monde décrit. La route vers la troisième étoile passe par là.

