Le Premier ministre François Bayrou n’a pas réussi, lundi 2 septembre, à convaincre l’Assemblée nationale.
Avec seulement 194 voix favorables contre 364 opposées, son gouvernement tombe après neuf mois d’existence. Une nouvelle crise institutionnelle s’ouvre pour Emmanuel Macron, déjà confronté à la chute du gouvernement Barnier en décembre dernier.
Un revers attendu pour le Premier ministre
C’était, selon plusieurs députés de la majorité, « la chronique d’une mort annoncée ». En engageant la responsabilité de son gouvernement par l’article 49.1 de la Constitution, François Bayrou espérait forcer un rassemblement de sa majorité hétéroclite. Mais il n’a pas réussi à convaincre au-delà d’un noyau réduit de fidèles. Avec 194 votes favorables pour 210 députés théoriquement acquis à la coalition présidentielle (Renaissance, MoDem, Horizons, une partie des Républicains), le résultat montre les fissures internes. Certains élus LR, bénéficiant de la « liberté de vote » laissée par Laurent Wauquiez, ont choisi de ne pas soutenir le gouvernement.
Dès l’ouverture de sa déclaration de politique générale à 15 h 01, le Premier ministre semblait résigné. Son discours, concentré sur les menaces que fait peser la dette publique sur l’avenir du pays, n’a duré qu’une quarantaine de minutes. Pas d’acte fondateur, ni de geste symbolique : Bayrou a répété ses mises en garde sur « le pronostic vital engagé » de la France, mais ses arguments n’ont pas suffi à rallier de nouveaux soutiens.
Une opposition rassemblée et offensive
Face à lui, les oppositions n’ont laissé aucune ouverture. Jean-Luc Mélenchon, présent dans les tribunes, a applaudi la chute de ce qu’il qualifie de « gouvernement fantôme ». Les socialistes, par la voix de Boris Vallaud, ont fustigé une « dérobade », accusant Bayrou et Macron de transformer « le vide politique en destin ». Le PS, qui avait initialement refusé de censurer l’installation du gouvernement, a confirmé qu’il se positionne désormais dans l’opposition frontale, prêt à gouverner avec écologistes et communistes — mais sans La France insoumise. Marine Le Pen, de son côté, a dénoncé « la fin de l’agonie d’un gouvernement inutile » et a exigé une dissolution immédiate de l’Assemblée nationale, estimant qu’elle n’est plus « une option, mais une obligation ». Le Rassemblement national a multiplié les attaques, galvanisé par ce nouveau signe d’impuissance du camp présidentiel.
Avec la chute du gouvernement Bayrou, Emmanuel Macron enregistre un deuxième échec en moins d’un an, après la motion de censure qui avait fait tomber Michel Barnier en décembre 2024. Quinze mois après la dissolution, l’exécutif n’a toujours pas trouvé la formule politique pour stabiliser une majorité introuvable.Dans un communiqué publié par l’Élysée, le président a pris acte de la démission de François Bayrou, attendue mardi matin, et annoncé qu’il nommerait « un nouveau Premier ministre dans les tout prochains jours ». Il écarte pour l’instant l’idée d’une dissolution, redoutant une nouvelle incertitude parlementaire à l’approche de l’examen du budget.Du côté de la majorité, Gabriel Attal plaide pour un « accord d’intérêt général » autour d’une feuille de route restreinte, capable de tenir jusqu’en 2027. Plusieurs députés Renaissance et Horizons insistent sur la nécessité de sortir de « l’hyperpersonnalisation » et de bâtir un pacte de gouvernement sur quelques priorités économiques et sociales, notamment la maîtrise des finances publiques.
Un climat d’instabilité qui inquiète
La chute successive de deux gouvernements en moins d’un an renforce l’impression d’un pouvoir fragilisé. Les milieux économiques, déjà préoccupés par la trajectoire budgétaire française, redoutent une nouvelle période de blocage législatif. Les partenaires européens, eux aussi, observent avec inquiétude une France incapable de stabiliser son exécutif alors qu’elle est attendue sur plusieurs dossiers clés, dont la réforme budgétaire européenne et la défense commune.
Pour François Bayrou, l’aventure à Matignon s’achève sur un constat d’échec : neuf mois de gouvernance marqués par l’absence de consensus politique et par une majorité fracturée. Pour Emmanuel Macron, l’enjeu est désormais clair : trouver, dans les jours à venir, une personnalité capable de rallier suffisamment de forces au Parlement pour éviter que la Cinquième République ne s’enfonce un peu plus dans la crise.

