Pour la première fois depuis la répression des manifestations de janvier, le guide suprême iranien Ali Khamenei a publiquement mis en garde les États-Unis contre le risque d’un embrasement régional. Un discours offensif, prononcé à Téhéran, dans un contexte de pressions militaires, diplomatiques et économiques accrues. Dimanche 1er février, à l’occasion du 47ᵉ anniversaire du retour d’exil de l’ayatollah Khomeyni, le guide suprême iranien Ali Khamenei est sorti de son silence.
Devant plusieurs centaines de personnes réunies à Téhéran, il a dénoncé ce qu’il qualifie de tentative de déstabilisation orchestrée par l’étranger et averti Washington contre toute action militaire directe. Selon les propos rapportés par Le Monde et l’agence iranienne Tasnim, Ali Khamenei a affirmé que les récentes manifestations, déclenchées début janvier 2026, constituaient « un véritable coup d’État », assuré qu’elles avaient « échoué », et accusé leurs instigateurs d’avoir attaqué « des bâtiments publics, des mosquées, des commissariats et des bases des Gardiens de la révolution ».
« Les Américains doivent savoir que ce sera une guerre régionale »
Dans un discours aux accents martiaux, le guide suprême a directement mis en garde les États-Unis. « Les Américains doivent savoir que s’ils déclenchent une guerre, cette fois-ci ce sera une guerre régionale », a-t-il déclaré, cité par Le Monde. Une allusion claire aux menaces répétées brandies par Washington depuis la répression du mouvement de contestation, qui a fait plusieurs milliers de morts selon des ONG.
Ali Khamenei a également minimisé les démonstrations de force américaines dans le Golfe. Évoquant l’envoi de porte-avions, il a lancé, selon les propos rapportés par la presse iranienne : « Ce n’est pas nouveau. Il ne faut pas faire peur aux Iraniens avec de telles menaces ». Tout en affirmant que l’Iran « ne commencera pas la guerre », il a assuré que le pays riposterait « fermement » à toute attaque. Ces déclarations interviennent alors que les États-Unis ont renforcé leur présence militaire dans la région, avec notamment le déploiement du porte-avions Abraham Lincoln, et que l’Iran a annoncé le lancement d’exercices navals dans le détroit d’Ormuz, axe stratégique du commerce énergétique mondial.
Manifestations et répression : le récit officiel iranien
Dans son allocution, Ali Khamenei a également accusé les États-Unis et Israël d’être à l’origine du mouvement de protestation. « Ils veulent reprendre le contrôle de ce pays », a-t-il affirmé, cité par Le Monde, comparant la situation actuelle à l’époque de la monarchie renversée en 1979. « Ils contrôlaient le pétrole, la politique, les ressources. Tout leur appartenait », a-t-il martelé. Selon un bilan actualisé de l’ONG Human Rights Activists News Agency, relayé par Le Monde, plus de 6 700 personnes, dont 137 enfants, auraient été tuées lors de la répression, avec plus de 17 000 morts potentielles encore à vérifier. Les autorités iraniennes reconnaissent des milliers de morts, mais affirment que la majorité étaient des membres des forces de sécurité ou des civils tués par des « émeutiers ». Le président iranien Massoud Pezeshkian a toutefois tenté d’apaiser les tensions. Samedi soir, il a déclaré qu’une guerre n’était « dans l’intérêt ni de l’Iran ni des États-Unis », disant privilégier la voie diplomatique, selon Le Monde. La tension ne se limite pas à Washington. L’Union européenne a récemment inscrit les Gardiens de la révolution islamique sur sa liste des organisations terroristes, accusant cette force idéologique d’avoir orchestré la répression. Une décision à laquelle Téhéran a répondu par une escalade symbolique.
Bras de fer avec l’Europe et escalade symbolique
Dimanche, le Parlement iranien a déclaré les armées européennes « groupes terroristes », « conformément à l’article 7 de la loi », selon des images diffusées par la télévision d’État et rapportées par Le Monde. Le président de l’Assemblée, Mohammad Bagher Ghalibaf, est apparu vêtu d’un uniforme des Gardiens de la révolution, tandis que les députés scandaient « Mort à l’Amérique ! », « Mort à Israël ! » et « Honte à l’Europe ! ».
Cette loi, adoptée en 2019 en réaction à des sanctions américaines, reste avant tout symbolique, mais elle s’inscrit dans un climat d’escalade verbale et diplomatique. En parallèle, des tentatives de médiation sont en cours. Le Premier ministre qatari s’est rendu à Téhéran pour réaffirmer, selon un communiqué officiel, le soutien de Doha à « des solutions pacifiques assurant la stabilité de la région ». Donald Trump, de son côté, a affirmé sur Fox News que l’Iran « parlait » avec les États-Unis, sans donner de détails. « Nous verrons bien si nous pouvons faire quelque chose », a-t-il déclaré, selon Le Monde, laissant planer l’incertitude sur la suite de ce bras de fer à haut risque.

