Au lendemain de l’annonce d’un accord de paix entre Washington et Téhéran, le Premier ministre israélien a donné lundi 15 juin une conférence de presse à Jérusalem pour affirmer que Tsahal resterait déployée à Gaza, au Liban et en Syrie « aussi longtemps qu’il le faudra ». Il revendique d’avoir « sauvé l’État d’Israël de la menace d’un anéantissement nucléaire ». Mais dans son propre pays, l’accord est vivement critiqué, et sur le terrain, le Hezbollah a déjà repoussé une incursion israélienne quelques heures après l’annonce.
Ce que Netanyahu a déclaré
Lors de sa première prise de parole depuis l’annonce de l’accord, le Premier ministre israélien a défendu pied à pied son bilan militaire. « Nous avons établi de larges zones de sécurité autour d’Israël. Nous l’avons fait à Gaza, au Liban et en Syrie », a-t-il déclaré, selon Franceinfo et France 24. Puis, d’un ton qui ne laissait aucune place à l’ambiguïté : « Je tiens à le dire clairement : nous resterons dans ces zones de sécurité aussi longtemps qu’il le faudra pour protéger notre pays. » Sur le volet nucléaire, Netanyahu a présenté l’accord comme une victoire existentielle. « Le plus important, c’est que nous avons sauvé l’État d’Israël de la menace d’un anéantissement nucléaire », a-t-il affirmé, rapporte Franceinfo.
Une manière de retourner le récit à son avantage : face aux critiques qui lui reprochent d’avoir déclenché une guerre coûteuse en vies et en argent, il pose le démantèlement du programme nucléaire iranien comme la justification ultime. Le ministre de la Défense Israël Katz a enfoncé le clou dans un communiqué distinct, rapporté par la RTS : « Le Premier ministre et moi-même menons une politique claire selon laquelle l’armée israélienne restera dans les zones de sécurité au Liban, en Syrie et à Gaza pour une période illimitée, afin de protéger la frontière et les communautés israéliennes contre des éléments jihadistes. » Il a ajouté qu’Israël riposterait avec « toute sa force » si l’Iran venait à l’attaquer.
Ce que contient l'accord Iran–États-Unis
L’accord annoncé dimanche 14 juin entre Washington et Téhéran, négocié sous médiation pakistanaise, vise à mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par l’opération conjointe américano-israélienne contre l’Iran. Selon France 24, il porte « sur tous les fronts, y compris au Liban », et prévoit la réouverture complète du détroit d’Ormuz dès vendredi, jour prévu pour la signature formelle du texte. Le volet nucléaire, qui était le principal point de blocage depuis des mois — Téhéran exigeant de ne négocier qu’après la réouverture du détroit, Washington exigeant l’inverse , semble avoir trouvé une issue.
Trump a affirmé dimanche que l’accord avait été « signé » et que le texte complet serait publié vendredi, selon France 24. Les détails précis du démantèlement du programme nucléaire iranien n’ont pas encore été rendus publics. Mais l’accord laisse de côté une question cruciale : le sort des opérations israéliennes au Liban. Téhéran considère que l’accord met fin à la guerre « y compris au Liban ». Israël considère que ses « zones de sécurité » n’ont rien à voir avec l’accord irano-américain. Ce décalage est une bombe à retardement.
Le Hezbollah a déjà repoussé une incursion
Quelques heures seulement après l’annonce de l’accord, le Hezbollah a affirmé avoir « repoussé » une force israélienne qui tentait d’avancer dans le sud du Liban, selon France 24 et la RTS. Des combattants du mouvement chiite ont « fait barrage au moyen de roquettes et de drones » à une colonne formée d’une pelleteuse et de deux chars Merkava qui « avançait » dans les environs de Kfartebnit, près de la ville de Nabatiyé. Le message est limpide : le Hezbollah ne considère pas que les « zones de sécurité » israéliennes sont acquises. Et l’accord entre Washington et Téhéran, qui devait théoriquement couvrir le front libanais, ne semble pas avoir modifié d’un pouce la réalité du terrain. Tsahal continue d’élargir son emprise au-delà de la ligne jaune fixée à dix kilomètres de la frontière, et le Hezbollah continue de la contester par les armes.
La conférence de presse de Netanyahu, présentée comme un exercice de communication triomphale, visait en réalité à éteindre un incendie politique intérieur. Selon France 24, l’accord est « très critiqué dans son pays ». Des voix à droite comme à gauche reprochent au Premier ministre d’avoir lancé une guerre de 107 jours dont le bilan humain et financier est lourd, pour aboutir à un accord négocié par les Américains dont Israël n’est même pas signataire. Netanyahu a tenté de désamorcer ces critiques en annonçant qu’il se présenterait aux prochaines élections législatives, prévues d’ici la fin de l’année. « Je vais me présenter aux élections et j’ai l’intention de gagner », a-t-il déclaré, selon France 24 — un signal adressé à sa coalition et à ses rivaux internes, pour signifier qu’il ne compte pas quitter la scène.
Le Hamas salue l'accord, Ormuz rouvre vendredi
Dans un communiqué relayé par France 24, le Hamas palestinien a salué l’accord entre Washington et Téhéran, espérant qu’il contribuerait également à mettre fin aux violences dans la bande de Gaza. Mais la déclaration de Netanyahu — l’armée reste « aussi longtemps que nécessaire » — douche immédiatement cet espoir. Pour les deux millions de Gazaouis qui vivent sous bombardement et blocus depuis plus de vingt mois, l’accord irano-américain ne change rien à leur quotidien.
Le G7, dont le dîner d’ouverture se tenait lundi soir à Évian, devait consacrer une partie de ses discussions au suivi de l’accord. Donald Trump y a été accueilli par Emmanuel Macron pour un échange bilatéral préliminaire, selon Franceinfo. Le détroit d’Ormuz sera « complètement ouvert » vendredi, a confirmé Washington — la première conséquence tangible de l’accord pour l’économie mondiale, après plus de trois mois de fermeture partielle qui ont propulsé le baril de Brent au-dessus des 100 dollars.


